Valoriser son entreprise, un casse-tête
Valoriser son entreprise, un casse-tête
Beaucoup de chefs d’entreprise se posent cette question préalablement à l’initiation d’un processus de cession : mais combien vaut mon entreprise ? Généralement isolé dans son bureau ou chez lui, il a bien du mal à répondre à cette question.

Ce sujet un peu « tarte à la crème » a été à maintes reprises traité dans de nombreux articles et de nombreux livres. Il n’empêche que face à cette problématique, le chef d’entreprise est souvent perdu et ne veut ou ne peut pas consacrer du temps pour rentrer très souvent dans des méandres techniques qui soulèvent plus de questions que de réponses.

Alors faut-il pour autant prendre le risque de vulgariser cette problématique ? Je pense que oui. La perfection étant l’ennemi du bien, il vaut mieux une approche rapide et rationnelle qu’une interrogation parfois bloquante pour le chef d’entreprise.
Tout d’abord, le seul segment étudié sera les entreprises « in bonis » avec un historique à minima de trois quatre années, une rentabilité récurrente au moins sur les deux derniers exercices et une taille comprise entre 1 et 20 millions d’euros de chiffre d’affaires. Pour certains, ce segment est réducteur mais je pense qu’au contraire, une grande partie des chefs d’entreprise reconnaitront leur société dans cette description. Si l’on considère qu’il y a environ 440 000 entreprises en Luxembourg, environ 215 000 ont un chiffre d’affaires entre 1 et 20 millions d’euros dont 167 000 entreprises sont rentables.
Valoriser son entreprise, un casse-tête ? Pas si sûr….
La valeur d’une entreprise pour un acquéreur, et c’est bien la seule chose qui nous intéresse, est constituée de deux éléments principaux :
Une fois cet état des lieux effectué, on peut commencer à travailler sur la valorisation. Il est évident que de multiples facteurs viendront affecter cette approche un peu réductrice mais le chef d’entreprise est conscient de ceux-ci et devra adapter ses attentes et son calcul.
Des éléments ci-dessus, on peut dresser une matrice assez simple au niveau de la Valeur de l’Entreprise c’est-à-dire avant la prise en compte de l’endettement financier net et en traduisant par un multiple du Résultat d’Exploitation :
| Croissance / secteur | Faible décroissance | stable | Forte |
| Traditionnel | 2,5 – 3,0 | 3,0 – 4,0 | 4,0 – 5,5 |
| Attractif | 3,0 – 4,0 | 4,0 – 5,0 | 5,0 – 6,5 |
| Très attractif | 3,5 – 4,5 | 4,5- 6,0 | 6,0 – 8,0 |
Plusieurs remarques sont à apporter à ce tableau :
- Le Résultat d’Exploitation peut être pondéré sur deux voire trois exercices en attribuant bien sûr une pondération plus forte pour les exercices plus récents
- Si un estimé pour l’année en cours est disponible, on peut l’intégrer dans les calculs
- Dans l’hypothèse de sociétés en forte croissance, le prix pourra être pour partie un complément de prix ou crédit vendeur afin de valider les perspectives présentées
- Si des retraitements sont à effectuer, il faut les intégrer et travailler avec un Résultat d’Exploitation retraité. Généralement, les principaux retraitements observés sont :
- Frais non récurrents qui affectent négativement le Résultat
- Rémunération du ou des dirigeants trop élevée ou trop faible
- La taille de l’entreprise devra aussi être un facteur de correction ainsi que sa position sur son marché
Sur la partie Endettement financier net, il suffira de prendre le bilan le plus récent et de calculer ce montant en minorant ou augmentant la valeur d’entreprise en fonction du fait que la société est endettée ou à un surplus de trésorerie. Si besoin, on pourra introduire un facteur de saisonnalité si la trésorerie fluctue à l’intérieur d’une année et dans ce cas on prendra le point médian.
Un point important est la dépendance du fonds de commerce de la société avec le ou les dirigeants. Cet aspect ne dévalorise pas la société s’il est traité avec prudence par l’acquéreur. La période de transition doit être importante et le prix de cession doit s’accompagner d’un crédit vendeur ou complément de prix pour s’assurer des « bons et loyaux » services du cédant.
Georges Mereau
email : georges.mereau@actoria.fr
Tel : +33 (0)6 80 40 29 18
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Decision a retenir
La conclusion pratique est simple : Valoriser son entreprise, un casse-tête doit etre rattache a une decision de dirigeant, et non rester une information isolee. Avant toute operation, l’entreprise doit pouvoir expliquer sa valeur, ses risques, ses perspectives et les raisons pour lesquelles un repreneur ou un investisseur peut lui faire confiance.
Cette preparation est particulierement importante au Luxembourg, ou les discussions avancent rarement sur le seul enthousiasme. Elles avancent lorsque les donnees sont claires, lorsque les points sensibles sont anticipes et lorsque le dirigeant sait quel scenario il souhaite privilegier : vendre, transmettre, acquerir, refinancer ou renforcer l’organisation avant une prochaine etape.
Un article conforme doit donc donner au lecteur une grille d’action. Ici, la grille est la suivante : verifier les chiffres, qualifier les risques, documenter les atouts, choisir le bon calendrier et se faire accompagner avant que l’urgence ne decide a la place du dirigeant.
