Contexte et enjeux de la clarification réglementaire
L’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) viennent d’apporter des précisions cruciales en matière de réglementation des activités de conseil liées à la cession, transmission et acquisition d’entreprise. Ces professions interviennent dans des secteurs délicats où s’entremêlent des opérations financières complexes telles que la croissance externe, l’ouverture du capital ou la levée de fonds. Leurs activités peuvent également inclure la recherche de financements, communément désignée sous la notion plus large de « conseil en haut de bilan ».
Historiquement, ces conseils sont délivrés par des entités diversifiées : des professionnels non régulés mais expérimentés, des prestataires de services d’investissement (PSI) réglementés, ainsi que des professions encadrées juridiquement telles que les avocats, notaires et experts-comptables. Face à cette diversité et au flou persistant dans la définition juridique des activités, l’AMF et l’ACPR ont jugé nécessaire d’apporter un cadre plus clair afin de sécuriser la pratique et d’assurer une meilleure protection des parties prenantes.

Définition des activités de conseil en haut de bilan
Les activités regroupées sous les appellations « conseil en fusions-acquisitions », « conseil en corporate finance », « conseil en transmission d’entreprise » ou « conseil en haut de bilan » recouvrent un spectre large d’interventions. Elles couvrent notamment le conseil à des personnes physiques ou morales dans le cadre de projets engageant la modification de la structure capitalistique ou le contrôle d’une entreprise. L’accompagnement peut porter sur la valorisation, la structuration des opérations, ou encore la recherche d’investisseurs ou partenaires financiers.
L’AMF et l’ACPR réaffirment que ces prestations, lorsqu’elles ne s’accompagnent pas de la fourniture de services d’investissement réglementés, peuvent être exercées sans qu’il soit nécessaire d’obtenir un agrément spécifique ou de disposer d’un statut professionnel particulier. Cette qualification juridique est d’une importance fondamentale car elle conditionne l’obligation ou non de se soumettre aux exigences réglementaires propres aux prestataires de services d’investissement.
Différenciation entre conseil libre et services d’investissement réglementés
L’une des avancées majeures de cette position conjointe est la distinction établie entre deux catégories d’activités : d’une part, le conseil en haut de bilan, libre d’exercice et ne nécessitant pas d’agrément ; d’autre part, les services d’investissement, particulièrement le placement sans garantie et le conseil en investissement, qui sont réservés aux prestataires régulés.
Pour établir cette différenciation, l’AMF et l’ACPR ont défini une série de critères objectifs. Ils reposent principalement sur :
- La nature des diligences accomplies afin de cerner précisément le besoin exprimé par le client.
- Les moyens mis en œuvre pour répondre à ce besoin, incluant l’analyse financière et stratégique.
- Le caractère déterminé ou non des termes financiers de la transaction envisagée, notamment en ce qui concerne les montants, modalités et garanties.
- L’existence d’un caractère intuitu personae attaché à l’opération, c’est-à-dire la prise en compte de la relation personnelle et de la confiance entre les parties.
Ces critères permettent de guider les professionnels dans l’évaluation précise du champ de leur intervention au regard des exigences réglementaires.
Implications pratiques pour les professionnels du conseil
Le président de l’AMF et le directeur général de l’ACPR ont souligné qu’il incombe au professionnel lui-même d’effectuer un exercice rigoureux d’analyse afin de déterminer si son activité relève ou non d’un service d’investissement soumis à agrément. Cette démarche garantit non seulement le respect de la réglementation mais aussi la sécurité juridique des clients bénéficiaires des conseils.
Cette clarification invite ainsi les experts du conseil à vérifier scrupuleusement la nature exacte de leur mission et à s’interroger sur leur aptitude juridique à la réaliser. En cas de doute sur le caractère réglementé de la prestation, il est recommandé de saisir les autorités compétentes ou de solliciter un avis juridique spécialisé.
Cadre législatif concerné
La position de l’AMF et de l’ACPR s’appuie notamment sur l’article L. 321-2 du code monétaire et financier. Plus précisément, il s’agit du service connexe n°3, qui encadre les activités par lesquelles un prestataire effectue des prestations de conseil en financement ou en haut de bilan sans pénétration dans le régime plus rigoureux des services d’investissement.
Cette référence législative est essentielle pour distinguer les modalités d’exercice et pour évaluer la nécessité d’une demande d’agrément auprès des autorités compétentes. L’attention portée à ces éléments garantit ainsi la conformité réglementaire tout en favorisant la diversité des offres de conseil dans un secteur clé de l’économie.
Enjeux et perspectives
Par cette intervention, l’AMF et l’ACPR renforcent la lisibilité et la sécurité juridique de l’écosystème du conseil en cession, transmission et acquisition d’entreprises. Cette clarification contribue à prévenir les risques liés à une interprétation erronée du cadre réglementaire, notamment des sanctions pour exercice illégal d’une activité réglementée.
À l’avenir, cette démarche pourrait encourager une meilleure structuration des pratiques professionnelles dans ce domaine, tout en faisant évoluer les échanges entre conseillers, entreprises et régulateurs. Elle constitue un point d’appui pour une régulation adaptée qui concilie impératifs de protection des investisseurs et flexibilité nécessaire à la dynamisation du marché des opérations haut de bilan.









